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Extraits de nouvelles : "Un coup de fil anonyme"

[.......] Je suis resté longtemps assis là sans vraiment voir la nuit arrivée. Seulement, ce moment a été un moment de repos où je me suis senti soulagé de la fatigue de la semaine. J’avais juste usé d’un alibi en prétendant voir quelqu’un à la cité A. C’était d’ailleurs absurde comme prétexte et je n’y avais pensé ; la cité A n’était habitée que par les étudiantes ! Je comprenais ainsi pourquoi Ida m’avait semblée irritée quelques heures auparavant.

- En fait, je n’ai de compte à rendre à personne ! me dis-je.

Combien de temps avais-je passé ainsi, profitant de ma tranquillité ? Je l’ignore vraiment. Toujours est-il que c’est la sonnerie du publiphone qui m’avait sorti de mon léthargie. En tout cas, j’avais sursauté à la première sonnerie, la deuxième m’avait ramené à la réalité : il faisait noir sur le campus. Les fenêtres de la cité A semblaient voir été éclairées depuis belle lurette. Plus personne ne passait sur la cour. La sonnerie résonna une troisième fois qui m’irrita. Il était inimaginable que des individus ne soient pas en mesure de retenir les six ou sept chiffres qui constituaient les numéros téléphoniques de notre illustre Togotélécom. J’étais persuadé que celui qui sonnait, avait dû se méprendre sur le numéro de téléphone de son correspondant. Ou encore, qu’il s’agissait d’une de ces filles sans vergogne qu’un de nos collègues étudiants avait contacté pour une …… partie de jambes. Dans ce cas, il serait dans les environs à l’attendre. Ma troisième hypothèse me porta au phénomène de « groto » devenu un peu routinier à Lomé. Pour un vendredi, cette hypothèse semblait bien probante. Mais pourquoi, ne m’était-elle pas venue en premier à l’idée ? C’était d’actualité, ces messieurs nantis aimaient bien sortir en bonne compagnie et nos collègues étudiantes étaient de la bonne ! « Ça doit être vraiment ça ! » conclus-je, décidé à éviter le quatrième grincement assourdissant du téléphone qui s’était enfin tu. Je me levai, décidé à aller décrocher maintenir le combiner à vide. A peine avais-je posé la main sur le portail vitré du publiphone, le téléphone commença à sonner. Je pris le combiné et le maintins quelques secondes dans la main sans le porter à l’oreille. A ma grande surprise, que je pu entendre nettement les mots sortant du combiné :
- Ne raccrochez pas s’il vous plaît. C’était la voix d’une fille. Une de ces voix mielleuses qui vous plient à sa volonté. Non pas parce qu’elle ait quelque chose de mélancolique, mais seulement, qu’elle est douce à entendre. Je rapprochai davantage le combiné de l’oreille pour mieux écouter cette voix qui devenait moins audible. En tout cas j’ai été, tout de suite, j’ai été emporté la symphonie de la voix.
- Ecoutez, dis-je, c’est pour vous informer qu’il n’y a plus personne dans les environs. Votre correspondant doit avoir été retardé. Dis-je.
- Je cherchais justement un interlocuteur, me dis la voix.
- J’ignore si je peux vous être utile, répondis je.
- Consentez-vous seulement à me rencontrer dans deux heures au Bar-restaurant MAROX.
Elle raccrocha sans me laisser le temps de dire si j’acceptais ou si je refusais.

En rentrant chez moi, j’avais résolu de ne pas répondre à un rendez-vous dont j’ignorais tout de celle qui m’invitait. Je me disais que ce devait être une de ces gens mal intentionnées qui se plaisent à jouer de sales farces à leurs prochains. Je pensais aussi que ce pouvait être la fille d’un pacha de Lomé, qui tentait de faire une figue. Peut-être, pour se venger de parents trop attachant, désirant ainsi faire montre de son autonomie. Ce pouvait également être le jour anniversaire de mon inconnue : 18 ans ? 20 ans ? Ou 21 ans ? J’énumérai plusieurs hypothèses qui me venaient à l’idée, sans y accordé d’importance tout en rentrant. Et quand j’ai mis pied dans ma cabine, j’ignorais tout autant tout de mon interlocutrice que des motivations qui pouvaient l’amener à donner rendez-vous à un inconnu et surtout avec une pareille insistance. Pour une fille quand - même, cela me paraissait un peu trop osé...

- C’est un rendez-vous d’une inconnue à un inconnu, conclus-je en rentrant.

Sans même ôter mes vêtements, je me suis jeté sur mon lit grincheux, pour, pensais-je me reposer. J’ai été réveillé, un certain temps après, par la sonnerie d’un vieux réveil que mon papa, faute de ne pouvoir maîtriser, avait jeté contre mon gré dans mon sac, trois années plus tôt, alors que je quittais le village après l’obtention de mon baccalauréat. Je savais que ce réveil sonnait quand cela lui plaisait et jamais à l’heure à laquelle l’on le réglait. Mon papa clama que cette boîte grinçante pouvait m’être d’une grande utilité, un de ces jours. Mais depuis plus d’un an je n’y songeais plus : mon réveil n’avait plus émis un seul bruit de sonnerie malgré l’assiduité de l’horloger du quartier à lui rendre sa douce mélodie (j’avoue qu’à son temps, la mélodie du réveil de papa faisait notre orgueil dans le village). Mais hier soir, mon réveil a sonné à 20h30. L’avais-je touché en me couchant ? Je l’ignore. De toute façon, ma montre bracelet « sheko » m’a confirmé l’heure : il était 20h30 exactes. Sans me lever, j’avais tiré un des livres que je laissais sur le lit pour .... m’occuper. Mais très vite, les quelques lignes que j’ai parcourues à la page 45 de « La République » de Platon m’ennuyèrent. - Pourquoi ne pas sortir aujourd’hui comme les copains ? Après tout c’est vendredi. Et je n’ai pas mes exams dans une semaine ! me dis-je.

Dehors, le premier taxi moto que j’avais croisée m’avait vraiment étonné, quand il m’a demandé :
- Est-ce pour un rendez-vous à MAROX ?
- Pourquoi ? Est ce le seul lieu de rendez-vous à Lomé ? Lui demandai-je.
- Non, c’est que, si c’est le cas, vous serez la septième personne que je conduirai là–bas, rien que cette soirée. Et Dieu seul sait combien d’autres Z en ont conduit là-bas !
- Allons–y lui répondis-je. Eh ! bien, c’est là. « Pure coïncidence ! » pensai-je, en montant sur la moto-taxi. A MAROX, il y avait un monde fou. Il faut dire que c’est l’un des restaurants de grande renommée dans la capitale Togolaise. J’avoue que je n’y avais jamais mis les pieds auparavant. Qu’irait chercher un étudiant Togolais dans un aussi luxueux restaurant ? J’ai donc été ébouilli par l’ambiance calme, la lumière savamment filtrée et la douce musique que diffusaient les baffles camouflés. Dès l’entrée, j’avais repéré, au fond, à l’angle droit, une table isolée avec un siège vide. En fait, il en avait deux. L’autre en face, était occupé par une demoiselle vêtue d’une chemise de soirée, à la couleur bleue marine. Elle avait de longs cheveux noués en un chignon massif sur la nuque. La couleur de sa peau était telle que l’on ne pouvait, de loin, deviner si elle était Asiatique, Européenne ou un mélange des deux, métisse. Pour évidence, elle n’était pas Noire. Je me suis dirigé vers elle, comme pris d’un instinct d’attraction inavoué. Je crois avoir été marqué à l’instant par son apparence candide, puérile et calme. Arrivé à sa table, je ne savais exactement quoi dire. - Bonsoir… Mademoiselle. J’ai rendez-vous avec une personne dont j’ignore l’identité. Excusez-moi de vous importunez, si me méprends. Finis-je par articuler, avec hésitation. - Cette place est vide, dit-elle en indiquant le siège en face d’elle. Mon cœur fit un bon : cette voix, c’était la même qui m’avait plié à sa volonté… Alors je m’assis en me disant que pour une soirée, celle d’aujourd’hui était vraiment une particulière. En effet, depuis l’après-midi d’aujourd’hui, je vivais des faits qui dépassaient de loin mon entement. Il y’avait eu dans ma vie, quelques enchaînements d’événements, mais pas avec la coïncidence et la proximité de ceux d’aujourd’hui.
- Dites, vous ne trouvez pas risquant de répondre au rendez-vous d’un inconnu et de surcroît une inconnue ? C’est ainsi qu’elle rompit le silence gênant qui s’était soudainement installé entre nous.
- Euh… je n’étais pas animé de mauvaise intention en décrochant le téléphone. Je croyais me rendre utile en vous informant qu’il n’y avait plus personne dans les environs, expliquai-je. - Vraiment ? s’enquit-elle avec ton empreint d’un semblant d’ironie.
 - Croyez-moi. J’ai d’ailleurs longtemps hésité avant de me résoudre à venir ici. C’était aussi dans la même intention. Continuai-je.
- Je vois. Vous devez être foncièrement d’une bonne moralité et c’est assez rare de nos jours. Je savais que je pouvais compter sur vous dès que j’ai entendu votre voix au téléphone. Dit-elle
- Merci d’avoir fait confiance à l’inconnu que je suis, dis-je pour d’un ton taquin.
- Pourquoi croyez-vous que ce que vous voyez ? Vous considérez donc toujours que nous sommes inconnus, me demanda-t-elle d’une voix tintée d’irritation, après avoir vidé le contenu de son verre. Je fis autant, feignant d’avoir remarqué son air vexé.
- Cet endroit ne me plaît pas en vérité. Je me sentirais bien chez-moi… dit-elle de sa voix redevenu normale, en se levant. Dans le parking du bar restaurant, il y avait beaucoup de voitures et pas des moindres. J’y ai suivi mon inconnue et l’instant d’après nous roulions dans une BMW, couleur cendre sur le boulevard du Mono, bordant l’Océan Atlantique, en direction de la ville historique d’Aného. C’est chemin faisant, dans la voiture que j’ai décidé de prendre le dessus des évènements de cette fin de journée. La tournure des évènements me parurent assez anormale. Il devait être plus d’une heure environ que j’avais quitté ma cabine du quartier Adéwi.
- A quoi jouons-nous enfin ? Qui êtes-vous ? Attaquai-je au moment où elle prenait un virage à gauche.
- Je pourrais vous poser la même question ? Dit-elle simplement de sa voix « chanteresse ». Elle porta ensuite son attention sur la route, fit encore quelques détours et s’immobilisa devant une superbe maison à un seul étage. Un coup de klaxon, et une porte s’ouvrit laissant entrevoir un garage souterrain.
- Bonne arrivée Nadine,… bonsoir Monsieur, dit l’agent civil de sécurité à notre attention.
- Merci, répondîmes-nous ensemble.
- A présent, c’est à moi de vous demandez qui vous êtes puisque vous savez maintenant qui je suis, commença ma compagne.
- Samna BAROMDA répondis-je. Mais vous, c’est Nadine comment ?
- Nadine RAHADOU, mon père est Libanais et ma mère une métisse américaine. Ils sont actuellement en voyage d’affaires. J’aimerais vraiment que tu aies à mon égard la même confiance que tu m’inspires. On peut monter. Dit-elle, d’un air rassuré. Cette fois elle me tutoyait. J’hésitai un instant, mais pour ne pas paraître ridicule, il me fallait la rassurer de ma confiance. En fait, l’agent de sécurité qui nous avait ouvert le portail, ne m’avait pas paru dangereux. Par ailleurs, la maison était assez éclairée pour cacher de quelque chose de dangereux. Alors, j’ai contourné la voiture dont elle tenait encore la portière ouverte, et je suis allé lui prendre la main. Elle était molle et sensuelle…
- Ecoutez, Nadine je vous ai dis que je n’avais aucune mauvaise intention à l’égard de l’inconnue à qui je répondais au téléphone. C’est pareil : j’ai confiance. Seulement, il faut bien qu’après plus d’une heure passée ensemble, que nous fassions connaissance, répliquai-je en l’entraînant vers les escaliers.
- Tu as raison, mais promets-moi que tu te sentiras ici comme chez toi, réclama-elle en me serrant à son tour, la main.
- Ok, c’est promis. Dis-je. Le salon était ovale et tout marbré. Toute la maison d’ailleurs. Une moquette épaisse empêchait nos pas de résonner sur le plancher. Il y avait un couvert sur la table derrière un grand fauteuil bourré et à côté, dans une armoire vitrée, il y avait des boissons de diverses marques et des verres de couleurs vives.
- Je t’invite à goûter une de mes spécialités. Je l’ai faite spécialement pour…toi, dit-elle en se dirigeant vers le couvert.
- Oui, mais seulement nous mangerons dans le même plat. C’est la chose la que je peux faire pour te convaincre de la confiance que j’aie en toi, mentis-je.
- D’accord, mais c’est purement africain ça ! dit-elle sans paraître étonnée.
- Quoi ? Manger dans le même plat ? demandai-je.
- Oui, répondit-elle.
- Du sang africain coule dans tes veines, pas vrai ? repris-je.

Elle sourit pour la première fois, faisant découvrir une dentition d’une blancheur éclatante. Après le repas bien arrosé de boissons made in Germany, Nadine mit en marche un transistor des dernières technologies. Une radio locale diffusait des airs de musique douce. Elle se mit à onduler dans le salon. D’abord tout doucement, puis avec une volonté plus manifeste. Elle était sensuelle, très sensuelle. Je suivis ses mouvements avec un intérêt de plus en plus croissant, tant la chemise de soirée qu’elle portait, cachait tant bien que mal un buste dont des rondeurs tendaient, tentant…, tentant. Effet de la boisson, ensorcellement de la musique ou encore sensualité de Nadine, je ne sais vraiment ce qui me décida à me lever quand Nadine me tendit la main, m’invitant à danser. L’air de musique qui passait était de Jocelyne Labile « Je reconnais ».

LOCATION MARRAKECH 17/07/2009 16:37

*Chouette ! Il est superbe et très élégant, bravo MY FRIEND

Location Marrakech