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La fée de la nuit de début juillet 2010

D’apparence candide, naïve et volontaire. Un peu bavarde à mon sens. Elle s’est approchée de moi pour dire pourquoi elle était là, dans la station d’essence Shell de Kara à 21 heures dépassées, à causer avec les jeunes conducteurs de taxi et autres portefaix. C’était quand je revenais de Lomé il y a environ un mois. Aujourd’hui je peux enfin en parler. Il semble quand l’on sait avoir rencontré le mal, il ne faut le dire avant un certain temps. Lam .dit qu’elle serait partie dans le Benin d’où elle disait être venue il y a peu. De ce jour, sinon cette nuit, elle revenait de Notsè avec un prétendu frère qui serait allé chercher des casiers et qui finalement ne revenait pas. En tout il n’était pas revenu quand j’ai été obligé de payer ses frais de voyage Kara-Niamtougou. Quoi, de plus normal, lorsqu’il s’agit d’une petite sœur finalement risquait de passer la nuit là à attendre son hypothétique frère qui n’arrivait pas après plus de 3 heures d’attente. Bref c’est la discussion que j’ai entendu cette nuit là qu’avait interpellé :

- Dis, tu es sûre de ne dormir ici ?

- Oui, mon frère va arriver et on va partir.

- Sinon, je t’offre un toit, j’habite juste derrière.

- Non, merci. Niamtougou c’est juste à 25 kilomètres, je peux bien marcher s’il n’arrive pas.

- Malgré, l’heure tardive ?

- Oui. Malgré l’heure.

- Tu sais que c’est lui seul qu’on attend pour faire le plein

La discussion s’était arrêtée là. Et moi j’avais appris que depuis plus d’heure, on attendait le frère de la demoiselle et surtout, qu’elle allait à Niamtougou, tout comme moi. Je l’ai appelée pour m’enquérir.

- Tu vas où à Niamtougou ?

- A Daoura, près de la maison de Santy.

- Santy Dorim ?

- Oui.

- Et où tu dis-tue que ton frère est passé ?

- Il est parti pour prendre des casiers. Il vend de la bière au Bénin. C’est mon oncle.

- Et tu fais quoi, toi là-bas ?

- Je sers dans bar.

- Et d’où venez-vous cette nuit ?

- De Notsè. Nous sommes allés seulement hier seulement pour quelque chose et nous sommes de retour.

- Et tu attends ton frère depuis avant mon arrivée et tu es sûre qu’il va arriver ?

- Oui. Il est allé prendre des casiers de l’autre côté.

- Où sont tes effets ?

- Il est parti avec le sac.

- Si tu peux le devancer, je paye ton voyage à Niamtougou. Tu pourras me rendre l’argent dès le retour de ton frère, d’accord ?

- Oui, je veux bien.

En fait, je venais à peine de me confirmer ce qui me tracassait dans les propos de la jeune fille. Je me disais qu’elle s’est faite avoir par son prétendu frère. A mon avis, il devait s’agir de son mari qui en avait déjà assez ; pour certainement des raisons de sorcellerie qui sont assez courantes par ici. De toute manière, pour moi, il s’agissait de partir à Niamtougou même s’il fallait prendre véhicule avec le diable en personne. Alors j’ai payé le taxi pour deux personnes, elle et moi.

Nous sommes arrivés à Niamtougou, finalement dans un bus qui allait plutôt à Dapaong. Le taximan entre temps avait désisté et dormait profondément devant le shop de la station service Shell. A cette heure, Niamtougou était comme un cimetière abandonné depuis naguère. Une coupure d’électricité accentua le sentiment d’hostilité que présentait la ville. Que faire ? Laisser la jeune fille continuer son chemin pour aller à Daoura ? J’ai hésité un instant, puis, me dis qu’il fallait l’accompagner jusqu’à chez elle. Au moins saurais-je dans quelle maison elle entrerait. Nous sommes donc descendus ensemble à Daoura par la rue derrière la FUCEC. Effectivement, arrivée près de la maison des Dorim elle m’a indiqué au loin sa maison et nous nous sommes séparés là sur la rue. Fallait pas aller plus loin…..

Du temps a passé. Un mois maintenant. Je n’ai plus revu Marguérite. Enfin…….. c’est son nom qu’elle avait donné. Même pas pour me dire merci. Quand j’y pense. Pourtant j’ai attendu ce merci qui m’aurait levé certains doutes sur sa personne. Maintenant, je comprends une chose : le frère qu’elle cherchait était arrivé finalement. Seulement il faisait semblant de ne pas la reconnaître. Et posait trop de questions. Un frère, on ne le remercie pas d’avoir fait quelque offrande à son petit frère ou petite sœur. Cela deviendrait monotone, la vie en famille ! Un frère, son frère ne l’aurait pas laissé seule à Kara, par une nuit pareille aussi avancée à ses heures critiques pour partir Niamtougou. Son frère enfin, arrivé à Niamtougou, ne l’aurait non plus laissée seule rentrée dans le quartier Daoura qu’elle que fut la confiance qu’il aurait eu de la ville. Il n’aurait pas assumé ses responsabilités envers sa petite sœur. Son frère était arrivé et avait assumé sa responsabilité. Et ce frère c’était bien moi ! Aujourd’hui encore, je me demandais pourquoi elle n’avait plus continué de parler ni dans le taxi, ni sur la rue quand je l’accompagnais chez elle. La réponse est simple : elle avait dû prier longtemps Bon Dieu pour que son ‘’frère’’ revienne. Et voyant que sa prière avait été exaucée, elle remerciait BON DIEU .