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Que m’aurait-il dit, le devin ?


 

 

Le pneu arrière de la moto que j’utilise depuis la semaine que je suis à Lomé avait lâché cette nuit-là. Mais je ne m’en étais rendu compte que le matin, alors je me m’étais déjà apprêté pour me rendre en ville. Rien à faire, puisque je n’avais deux pièces de 100 FCFA pour l’envoyer chez le vulgarisateur du quartier, j’avais dû ajourner le programme que j’avais fait pour la journée. Heureusement, j’avais terminé la mission pour laquelle j’étais rentré à Lomé cinq ou six jours au paravent : finaliser et déposer le dossier de soumission pour l’appel à propositions du Ministère de la Justice. En fait, depuis deux jours, si c’est que j’avais mon argent de voyage, j’aurais pris la route de retour à Niamtougou. Lomé, puisque je n’y faisais rien, commençait à me taper sur les nerfs. Surtout que Floryan allait bien mieux plus que les deux nuits passées. J’attendais donc le nouvel ordre de la journée en tambourinant sur le clavier de mon PC lorsque Jacob m’a appelé :

-          « Buffon », tu es où, disait-il

-          A la maison, et toi ? demandai-je. Comment vas-tu et les affaires ?

-          Pas bonnes. Je viens pour que tu me fasses un travail, dit-il.

-          D’accord, je ne bouge pas jusque là, confirmai-je.

 Tout comme la nuit porte conseil, le jour prévoit ses imprévus… Je n’avais pas prévu d’appeler Jacob avant de partir de Lomé. J’attendais le faire de Niamtougou. J’en avais assez que ce soit lui seul qui se chargeait de nous chaque fois qu’on se rencontrait. Et cette fois encore je n’avais pas quoi lui offrir. Mais puisque c’est lui qui avait maintenant besoin de moi, je ne m’inquiétais pas, sachant qu’il ne me demanderait pas plus que je pouvais lui offrir. Finalement, ce pour quoi il me cherchait était d’une facilité telle que je ne devais pas me déplacer où faire quelque investissement. Dieu merci. C’était quand même un casse tête chinois pour lui : adapter un contrat pour la location de son Plateau Remorque. J’ai donc saisi les quelques pages et nous sommes allés ensemble les imprimer à CIB. En en sortant, Jacob m’interpella :

-          « Buffon », dis, je voulais voir quelqu’un. Mais pas seul. Si tu pouvais m’accompagner.

-          Je voudrais bien. Mais tu sais qu’entre temps Stéphane m’a appelé.

-          Oui mais, c’est juste pour quelques minutes. On sera revenu bientôt. Pria –t-il.

-          Dans ce cas, je vais appeler Stéphane et retarder sa venue, avais-je fini par dire en consentant de l’accompagner.

Nous avons pris la route de Mission-Tové, en direction des sœurs qui y résident à environ deux kilomètres. Juste avant leur entrée, Jacob fit un virage à gauche et nous longeâmes la clôture de sœurs et d’autres encore. Quelques détours encore et nous avons garé devant une maison où étaient garées deux motos de marques différentes. C’est là que mon ami me dit qu’il s’agissait de la maison d’un devin et qu’elle ne désemplissait pas de visiteurs. De surcroît, le monsieur d’une maigreur incomparable, était Losso, de chez moi. Jacob pensait que je le connaissais. Jamais vu ! C’était tout simplement un étranger pour moi. Jacob, ne trouvant d’inconvénient que nous rentrions ensemble me tira par la main. A l’intérieur, le devin était assis à même une natte posée sur le sol, quelques grosses calebasses posées devant lui. Plein d’autres choses indescriptibles étaient aussi là. Des boîtes de conserve, ……..

-          Comment allez-vous, demanda-t-il.

-          Bien, nous sommes venus vous voir pour consultation, répondit Jacob.

-          Dans ce cas, vous allez devoir revenir. Pour les consultations, je reçois de 6h30 à 7h00 et de 14h30 à 15h00. Vous êtes en retard.

-          En fait, ce n’est pas pour grand-chose et nous venons de loin. Reprit Jacob.

Le devin en fouilla dans une calebasse à moitié pleine de sable. Il en sortit trois cauris, demandai le nom de chacun qu’il inscrivit en arabe sur des papiers. Ensuite, il emballa les cauris dans le papier correspondant à chacun et nous les tendit en disant.

-          Mettez 200 FCFA et parler dedans ce que vous voulez. Mais vous viendrez demain et quelque soit les gens, je vous recevrai les premiers.

Nous nous sommes exécutés. Jacob d’abord, puis moi. Ce que j’ai dit aux trois cauris avant de les emballer ? Un travail décent pour moi, une bonne santé pour ma famille. Je connaissais bien mes maux. Avant de rendre mon emballage, j’ai murmuré encore trois mots « Je suis Losso ». Un vent frais s’éleva, l’horizon s’obscurcit et une pluie commença ce matin là. Il n’était que 10h30. Nous nous sommes dit qu’elle passerait. A 13h moins, il pleuvait encore. Nous sortîmes dans la pluie pour chercher de quoi se mettre sous la dent, mais en prenant soin de dire au devin que nous préférions attendre le soir pour le voir avant de partir. En allant manger, j’avais demandé à Jacob comment le monsieur procède.

-          Il nous dira ce que nous avons dit aux cauris, avait répondu Jacob.

Pendant que j’y réfléchis, je me demande ce que le devin m’aurait dit qui ait un lien avec le « je suis Losso » que j’avais soufflé aux cauris. En tout cas, quand nous sommes revenus, d’autres personnes attendaient, dont une connaissance. Nous devions attendre à l’intérieur lorsque ma connaissance brancha le Losso, débitant des « je t’ai vu entre temps et je voulais te saluer » … et autres. Bien que je lui répondais en français pour lui faire comprendre que je ne m’étais pas présenté là en tant que Losso, il n’en avait cure. Nous sommes donc sortis, moi le premier pour attendre que ceux qui étaient à l’intérieur sortent et nous laisse y aller à notre tour. La pluie de plus belle. Le jeune qui était rentré avant-nous chez le devin s’éternisa. Lorsque nous nous sommes lassés et insisté, il était 16h dépassées.

-          Revenez demain, nous redit le devin.

C’est à croire que nous n’avons que ça à faire ! Lorsque j’ai appelé Jacob le lendemain dimanche, il était à un baptême. Moi les dimanches, je réfléchis à ce que j’ai fait toute la semaine. Parfois, je les écrits simplement…. Le devin, qu’il garde ses secrets, et moi mes insatisfactions. 

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