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Articles avec #extraits - oeuvres et lectures catégorie

Route retour au bercail

Nous étions dans années les troubles où des vents violents, s'étant levés là-bas dans le lointain Est, avaient bravé les grandes distances et atteint l'Afrique de l'ouest, à l’époque, paisible. Dans cette partie de l’Afrique, les dirigeants étaient parvenus à formater l’esprit de leurs citoyens, un calme olympien régnait… La génération des pères des indépendances, bien que à l’apogée de leur vie, tenait encore bon. Surtout, pour ceux qui avaient pu instaurer des régimes policiers inébranlables. Les vents de l’Est, étaient parvenus bon gré mal gré, à atteindre ces États, où, sans ménagement, ils commençaient par emporter les chefs installés depuis belle lurette.

C’étaient les années 90, années de grâce de l’avènement de la démocratie en Afrique… . Dans notre pays à nous, le tumulte créé par ces vents dits de l’Est, avait diversement ébranlé les villes et villages, surtout dans le Sud du pays. Dans cette partie du pays, les peuples avaient transposé l'hostilité qu’ils vouaient au Général Eyadema aux pauvres ressortissants des ethnies du nord du pays. Tant d'amalgames, tant d'actes insensés, menés ça et là, dans l’incompréhension totale de cette nouvelle forme de gouvernance qui prônait plus de libertés. Cette nouvelle forme de gouvernement, fut instrumentalisée par beaucoup, pour des visées hélas politiques, et conduisit à des dérapages de part et d'autres.

Beaucoup d'allochtones venus de leur nord natal en quête d'un meilleur vivre auprès de leurs frères du Sud, vécurent l'enfer, pris par ceux-ci pour responsables de leurs malheurs à eux. Hélas, les hommes politiques de l'époque manquèrent de lucidité, et entretinrent les cordes de la xénophobie, de la division et du régionalisme.

Au-delà des attrocités perpétrées ça et là, les menaces furent telles que les natifs du nord, longtemps métayers dans les champs du sud, craignèrent pour leur vie. Ils choisirent alors de prendre la route-retour vers le nord, où se terraient leurs frères et sœurs, plutôt dans une apparente accalmie. En réalité, la plupart d’entre eux, petits-enfants nés dans ce sud où la fertilité des terres avait conquit leurs parents, n'avaient plus aucune connaissance de leur village d'origine.

Pour beaucoup, en effet, c’était la première fois hélas, de prendre la route-retour vers les villages d’origine de leurs parents… . C’était le cas d’Akofa, arrière-petite fille de Bandao ADJINAROU, un illustre chef du village de Dourka. Le monsieur était connu à son temps, plutôt pour ses services de grand charlatan. En effet, à l’avènement des indépendances dans les années 60, Bandao Adjinanou ne trouva aucun intérêt pour quitter son village Dourka. En réalité, il était promu pour occuper une place dans les hautes sphères de décision au niveau du village. Ainsi, pendant que nombre de ses frères avaient choisi d’émigrer pour se faire une meilleure vie ailleur, Bandao avait choisi de rester, dans le village de ses pères et de leurs pères.

Parmi les responsabilités qui lui incombaient, il y avait la surveillance et la sauvegarde des valeurs et biens communs. Ce qui signifiait ni plus ni moins, qu’il était, après le chef-village, le personnage le plus important de la communauté, et garant des us et coutumes du terroir. Mais également, il l’était pour les autres communautés voisines et parentes, qui avaient gardé là, dans le village original de Dourka, toutes leurs valeurs spirituelles et culturelles. D’ailleurs, la plupart d’entre elles revenait périodiquement à Dourka pour diverses cérémonies et Adjinarou voyageait souvent pour gérer des préoccupations des siens à travers la région et le pays.

Lors de l’un de ses nombreux voyages, alors qu’il avait été invité par un cousin lointain qui avait fait fortune dans champs de café-cacao dans la partie sud du pays, il avait été surpris en arrivant, qu’on lui présentât une jeune dame agonisante. Sa situation était tellement désespérée que le tradi-praticien en fut offusqué :

- Mais pourquoi avez attendu qu’elle soit à cette étape avant de m’appeler ?

- Ow ! Babé (vieux), excuse-moi, mais c’est seulement avant-hier que ses parents l’ont amenée ici, avait répondu le cousin.

- Mais non, nonnn!!!! Il ne faut surtout pas laisser un malade à ce stade avant de lui venir au secours !

Visiblement, le cas de la jeune dame était des plus graves. Il dût intervenir dans l’immédiat, avant de prendre du repos, malgré le long voyage qu’il avait fait pour arriver là. Pour le cas de la jeune dame Elomvi, Bandao ADJINAROU passa plus de jours que d’ordinaire, le temps de s’assurer que la patiente répondait bien à son traitement et allait suffisamment mieux.

Des mois après, les parents de la jeune dame, accompagnés du chef-village de Kpodji et du cousin du charlatan, arrivèrent dans la cours du chef Bandao ADJINAROU.

- Chef Adjinarou, j’ai accompagné les parents d’Elomvi pour venir te remercier de vive voix d’avoir sauver leur fille de la mort, déclara le cousin lointain, après l’échange de civilités.

- Vous n’aurez pas dû ! Seul Dieu guérit ! Lui seul est grand, avait rétorqué le chef de Dourka.

- Permets-moi Chef, de continuer. Je ne suis pas venu seul. Le chef-village de Kpodji, le village où je vis, a pris sur lui d’accompagner cette délégation jusqu'à ta demeure, reprit le cousin.

- Ohhhh !!! que ce grand chef soit le bienvenu ! Que lui et sa suite soient accueillis ici, avec tous les honneurs qui sont dus aux chefs. Sentez-vous ici comme chez-vous et que rien ne vous inquiète…. Reprit le Chef Bandao.

C’est ainsi que les deux chefs firent connaissance. En effet, le chef Bandao de Dourka, malgré ses multiples voyages n’avait pu rencontrer celui de Kpodji. Togui Prosper ADOUKONOU, bien que chef du village de Kpodji, résidait au Ghana où il occupait une grande responsabilité dans une entreprise d’import-export.

Ce voyage, il l’avait fait, pour honorer un des notables qui assurait la gestion de son trône en son absence. Mais aussi, pour remercier de sa propre voix, cet inconnu qui avait sauvé Elomvi, l’unique fille qu’avait pu avoir, celle qui avait pris la place de sa mère et lui avait permis de grandir. Elomvi, était pour lui plus qu’une petite sœur. Née un peu trop tard de ce couple, qui avait trop désespéré d’en avoir, elle n’avait eu aucun souci de santé, jusqu'à l’avènement de cette maladie mystique, qui la rapetissait malgré sa forte forme et ses vingt années passées.

Togui Proper ADOUKONOU, avait usé de toutes ses forces et les moyens dont il disposait pour traiter sa sœur, mais avait fini par battre en retraite. La situation ayant été déclarée par la médecine moderne comme étant incurable. En effet, celle-ci, faute de solution et incapable de soulager les douleurs de la malade, avait conclu à une maladie inconnue et l’avait renvoyée purement et simplement à la maison. De toute évidence, sa mort ne faisait, hélas, aucun doute….

Au-delà des cadeaux qu’il avait ramenés avec lui pour remercier le chef charlatan, il y avait Elomvi elle-même. En effet, Togbui Prosper considérait qu’il valait mieux laisser sa sœur auprès de ce magicien, pendant suffisamment longtemps pour lui permettre de guérir définitivement. En réalité, l’appréhension qu’il avait du mal de Elomvi, l’amenait à croire qu’il y avait un malfaiteur qui en était à l’origine, et qu’il demeurait tapi dans l’ombre, dans le village de Kpodji. Pour éviter qu’il s’en prenne encore à sa sœur, Togbui Prosper estimait qu’il valait mieux la confier à son salvateur, afin de s’assurer qu’elle resterait en toute sécurité. Les objections et tout ce que dirent le chef Bandao et ses notables, n’en firent rien, la décision du vieux Togbui Porsper était prise et irrémédiable. Elomvi fut confiée aux soins du chef Bandao de Dourka.

Près de cinq ans passèrent, Elomvi, entièrement remise de son mal et parfaitement intégrée à la communauté de Dourka, conçu et donna naissance à un garçon parfaitement en bonne santé. Le chef Bandao pris sur lui de ramener Elomvi à ses parents et demander officiellement sa main pour le troisième de ses fils qui s’était entiché d’elle. La fête fût grande, tellement grande que les contrées les plus lointaines du village de Kpodji, en gardèrent l’échos, pendant longtemps.

La nouvelle tomba drue, dure et triste : le voyage retour du chef charlatan de Dourka et de sa délégation avait eu un accident grave, plusieurs heures après leur départ. La vétusté des services de sapeurs pompiers, ajoutée à l’état défectueux de la route se conjuguèrent pour laisser mourir sur place les blessés du drame. Seul soulagement, seuls Elomvi et son fils sortirent indemnes de cette tragédie.

 

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La fille du bar "Sans Soucis" I

« Sans Soucis », nom sans ambigüité semblait avoir bien été pensé et semblait tenir promesse pour le bar qui le portait. Situé en bordure de la Nationale n°1, le bar « Sans soucis » ne désemplissait jamais. On pouvait y trouvé non seulement de quoi manger, mais aussi de quoi se réchauffer le corps même à des heures les plus tardives de la nuit. Ce lieu pouvait rivaliser avec le tristement célèbre « Dékon » situé en plein Lomé. Les conducteurs de titans, les routiers semblaient l’avoir compris. Ils ne se peinaient plus à s’encombrer dans les bars des banlieues de Lomé qui, en cette fin d’année, connaissaient une affluence sans précédent. Même certains citadins préféraient venir profiter des largesses du bar-restaurant « Sans Soucis », loin des indiscrétions et des bruits affolants de la ville de Lomé. Ici, nous sommes à Tsévié, l’une des villes voisine de la capitale togolaise. Environ 35 km, au nord de Lomé, sur la Nationale N°1.

Ce jour là, Joseph Bawouli ne se sentait pas d’humeur à sortir. La routine de la vie dans la ville de Lomé devenait intenable. Revenu du service, il n’avait eu du temps que pour son bain. Dans la journée, il avait simplement éteint son téléphone portable, pris d’une certaine apathie contre lui. La technologie, ça devenait vraiment une gangrène. Dans son entreprise, la consigne avait été claire, que personne ne dérange le boss. Les week-ends étaient faits pour se reposer et leurs veilles pour les préparer. C’est pourquoi, dans son entreprise, il avait institué une demi-journée pour tous les vendredis. Les agents, au nombre de 25, travaillaient seulement de 7h30’ à 15 heures, avec seulement une interruption d’une heure pour passer à la cantine. Néanmoins cette journée de vendredi n’avait pas été des moins agrémentée : skype, facebook, googletalk, toutes ses applications de communication par internet avaient fonctionnés, et il avait échangé plus de 1000 petits messages, sous forme télégraphique. Et en tant que chef d’entreprise, il ne pouvait se couper de ces biens là. La vie de l’entreprise en dépendait. Pour la dernière minute qu’il échangeait avec un internaute sur facebook.com, il écrivait :

-          Tu sais je suis éreinté,

-          Ah oui ? tu veux clore notre disc ?

-          Excuse-moi, j’en suis désolé.

-          Ok, repose et on reprend demain, Ok ?

-          Yes ! bye.

C’était avec Dok Djabakou. Un jeune compatriote qui officie dans le domaine du diseign et qui vit de l’autre côté de la frontière, au Ghana. Pour ce jeune de trente cinq ans, la vie était un jeu. Il ne manquait pas de le répéter à qui voulait l’entendre. Il disait qu’il ne serait pas le premier à prêcher dans le désert, aux cas personne ne se souciait de ces propos. Mais pour le travail, il était parmi les plus assidus. Il allait de ville en ville pour ses créations qu’il exposait pourvu qu’un espace s’y prête et qu’on le lui permettait. C’est comme cela qu’il se faisait de l’argent, en vendant ‘’par terre’’ ses créations artistiques. La ville de Lomé ne l’inspirait plus depuis cinq ans. En effet, depuis qu’on lui avait interdit d’exposer ses œuvres jugés trop provocateurs, il n’osait plus mettre les pieds dans la capitale togolaise. Mais depuis l’année 2005, la vie politique au pays semblait vraiment améliorée qu’il envisageait une exposition dans la ville. Mais pour cela, il fallait bien qu’un manager veuille bien l’inviter et cela tardait. D’ailleurs, la vie des Togolais était telle qu’il s’imaginait mal comment ils se plairaient aux œuvres d’art. Toutefois, il envisageait, dans le cadre d’une tournée sous-régionale, faire escale dans la capitale Togolaise, où il avait connu le jour. Mais pour l’instant, son calendrier l’imposait un itinéraire assez complexe : les Amériques et l’Europe pour des expositions d’œuvres d’arts africaines. Dans son portefeuille, il avait le billet qui le conduirait d’abord à New York où avait lieu la première escale du périple. Le reste de l’itinéraire, ce sera au bon vouloir des organisateurs de l’événement.

Lorsqu’il avait clos la discussion avec joseph, Dok (diminutif de Dominique) ne s’imaginait pas passer la nuit du lendemain à des centaines de kilomètres de sa résidence.

Le sommeil du matin est bien réparateur. Joseph Bawouli qui avait dormi toute la nuit s’était levé à quatre heures ce samedi et s’était acquitté de son jeu favori : faire des exercices sportifs intenses. Déjà à 06 heures 30, il s’était rincé et dormait comme un agneau. En ce moment là, il rêvait même ; acteur dans un scénario où il comprenait à peine le rôle qu’il jouait. Au moment où il décida de se soustraire à ce jeu où il ne comprenait finalement rien, il n’en fit cas à personne. Même pas un signe de reconnaissance à la foule immense qui acclamait les acteurs en scène.

« C’est par la porte du vestiaire que je dois sortir, comme ça personne ne se rendra compte » pensa-t-il. Il poussa la porte du vestiaire qui résista. 

-          Ouvrez ! cria-t-il.

-          D’accord, entendu-t-il dire du dehors. »

Il tira cette fois le poigner de la porte, supposant que l’autre avait ouvert la porte, il se réveilla. Et à sa grande surprise, une autre voix, celle-là plus éraflée se fit entendre.

-          Dis Jeo, tu dors encore, à pareille heure ? Un samedi ?

C’était la voix de Dok Djabakou. Il n’en cru pas ses yeux.

-          C’est un fantôme ? demanda Joseph d’une voix encore ensommeillée.

-          Bien sûr que non, ils ne sortent pas de jour !!!! gars.

-          Ah oui ? pour le tien, ça pourrait bien être possible.

-          Non, il est presque 08 heures, tu vois un fantôme se faire chauffer par notre soleil là ? C’est bien moi.

-          Ça te ressemble, dit encore Joseph en s’orientant vers le lavabo où il se rinça violemment la face.

-          Ça va Joseph ? demanda encore Dominik.

-          Oui, s’était pour mieux voir !!! reprit Joseph en embrassant son copain.

La retrouvaille était si imprévue qu’il fallait faire quelque chose. Du moins trouver un endroit clame où échanger. Il y avait longtemps qu’ils avaient causé face à face et de vives voix.

Ils décidèrent de sortir de la routine de la ville de Lomé. En ce moment de fin d’année, la ville grouillait  d’individus venus d’horizons divers. Joseph décida qu’il conduira son ami en dehors de la ville. Il fit sortir sa RAV 4, dernière de ses acquisitions.

Une trentaine de minutes plus tard, les deux amis se retrouvèrent à environ trente cinq kilomètres de Lomé, sur la Nationale N°1, à Tsévié, au bar-restaurant ‘’Sans Soucis’’.

Là aussi, il y avait un peu de bruit, mais moins que dans les bars qu’ils ont dépassé en cours de route. Quelques individus y étaient déjà installés. Des transporteurs avaient garé leurs gros véhicules le long de la route et se désaltéraient, assis par petits groupes sous les hangars du bar :

-          Dis-moi, Dok, comment tu atterris comme un fantôme alors qu’hier seulement on causait sur facebook ?

-          Une panne technique à l’aéroport de Lomé, nous retarde ici pour toute la journée. Inutile de s’enfermer là-bas !

-          Je vois, mais tu m’avais pas dis que vous passeriez par Lomé, Dok !

-          Si tu savais combien de fois je passe par Lomé !

-          Vraiment ?

-          Oui ! Mon gars. Je me permets pas de te faire languir à chaque fois. Cette fois on devait en plus prendre des artistes Togolais.

-          Ah oui ! le coup du destin ! Dok.

-          Tu l’as dit. Hier, on était sur facebook, virtuellement. Aujourd’hui, c’est face à face et de vives voix. Merveilleux ce jeu qu’est la vie !

-          Oui, mais reprends pas encore tes théories philosophiques. Parlons de sérieux, Dok.

-          Comment vas-tu, Jeo ?

-          Comme tu me vois, mon gars !

-          Oui, je veux dire les affaires, l’entreprise, le personnel, la crise. Tu t’en sors ?

-          Pas facilement, mais on tient. Tout va encore. Dieu merci.

-          Laisse-le hors de ça ! tu bosses dur, Joe !

-          Dis donc, tu pars comme ça au petit matin demain ?

-          Oui. Une tournée qui, pour la première fois ne m’enchante pas vraiment. Nous avons à exposer à chaque salon, une de nos œuvres. J’en ai pris quelques-unes, mais aucune ne m’inspire vraiment.

La tournée ne l’inspirait pas effectivement. Depuis deux jours qu’il avait tourné et retourné ses dernières créations, aucune ne l’avait convaincu de la présenter à ces salons, pour lesquels il voyageait sans enthousiasme. Il y avait plus d’une quinzaine : celles toutes nouvelles qu’il venait de finaliser et celles, un peu plus anciennes qu’il avait refusé de vendre, au paravent. Parmi cette dernière catégorie, il y avait, celle qu’il avait titrée ‘’La vie en fuite’’. C’était une tentative de matérialisation de l’évasion d’une âme. Un mystère pour lui-même qui l’avait peinte. L’œuvre qu’il avait refusé de vendre à plusieurs reprises, représentait, dans une prairie arborée, le corps d’un enfant mourant. Il avait, sans y parvenir, tenter de faire ressortir ce qui en cette vie s’en allait, laissant le petit corps sans vie. Le visage si naïf de l’enfant semblait sourire au visage d’une mère en pleurs, encastré dans un nuage nageant dans un ciel bleu foncé. Les feuillages penchés d’un arbuste paraissaient être emportés par l’envolée d’un vent qui semblait sortir du corps inerte de l’enfant…….

-          Tu t’évades maintenant Dok ? Il y a deux minutes que tu sembles ailleurs. Si ce voyage ne t’enchante pas, tu n’as qu’à répondre absent à l’embarquement ! 

-          Au contraire ! Au pire des cas, je me présenterai en personne comme œuvre d’art.

-          Quoi ? tu délires, Dok ?

-          Non ! mon pote. Dès qu’on me fera appel pour présenter mon œuvre, je monterai sur le podium et je leur offrirai à ces maniaques d’arts, une scène originale, de ma propre personne.

-          Tu rigoles !

-          Non ! les photographes en raffoleraient de voire une œuvre d’art … on live, comme disent les Anglais.

-          Avec cette imagination, si tu deviens fou, je n’en douterais pas, Dok.

-          Je sais, tu serais le premier informé et par moi-même !

Ils en rirent, convaincu que personne n’en arriverait là. L’imagination de Dominik était abondante de sorte qu’il proposait des œuvres d’une originalité inédite. Pour la tranquillité que Joseph avait voulu en se retirant de la ville, c’était une réussite, aussi bien pour lui que pour son ami qu’il savait hardi en matière de travail. La détente se déroulait comme il l’avait imaginée, non complexée et sans encombrement aucun. Les autres clients du bar ‘’Sans Soucis’’ semblaient être dans la même logique.

-          Servante, Servante, Servante ! commença Dok.

-          Attends Dok, je t’appelle celle qui nous a servi, intervint Joseph en se rendant compte que la fille que Jeo appelait ne l’écoutait pas.

-          Non pote, je préfère celle qui est là, dit Dok.

La fille qui leur avait servi accouru.

-          Vous nous appelez, messieurs ? demanda-t-elle.

-          Oui, appelez-moi votre collègue là, dit Dok en indiquant la fille qu’il appelait l’instant d’avant.

-          Ce n’est pas une servante, Monsieur. Cela fait deux jours qu’elle apparaît et reste assise pendant un moment et repart ensuite. On la connaît pas, répondit la servante.

-          Savez-vous si elle attend quelqu’un ? demanda Dok.

-          Aucune idée, monsieur, répondit encore la servante.

-          Dans ce cas, dites-lui, s’il vous plait,  que je l’appelle, dit encore Dok.

La servante partit. Et pendant un bon moment, elle discouru avec l’inconnue. D’après les gestes qu’elle faisait, la fille n’entendait pas bouger de sa chaise. Visiblement, elle n’était pas venue là pour se faire des amitiés. Pendant que la servante tentait de convaincre l’inconnue de répondre à l’appel de Dok, celui-ci engageait une autre causerie avec son ami :

-          Tu sais, pote, je ne comprends les Togolais, commença t-il.

-          Ah oui ! parce que tu as maintenant changé de nationalité ? demanda Joseph.

-          N’y songe même pas ! répondit énergiquement Dominik.

-          Alors, pourquoi bon Dieu, tu les comprends pas, tes frères ? demanda encore Joe.

-          Tu vois, la fille là-bas ? Elle est torturée par un problème. Mais dans quelques instants elle arrivera ici, et si tu lui demandes comment elle va, tu sais ce qu’elle dira ? interrogea Dok à son ami qui le regardant  fixement.

-          Oui. Que ‘’Ça va très bien’’. Dit l’interpelé.

-          Voilà, je ne comprends pas ça. Dit cette fois calmement Dok.

-          Mais alors, tu ne veux tout de même pas que les gens disent rien ne va chez-eux, Dok ! s’indigna Joe.

-          Pas du tout, mon pote ! Mais je ne comprends pas une chose chez-nous. Si l’on ne reconnaît pas un problème, comment se mettra-t-il à lui trouver solution ? demanda Dok.

-          Je te suis, mais je ne vois aucune autre réponse à une simple salutation, rétorqua Joseph.

Au même moment, l’inconnue s’était enfin décidée à répondre à l’appel des deux messieurs. Apparemment, la servante avait usé de diplomatie pour la convaincre. Elle était déjà à leur niveau :

-          Bonsoir Messieurs, vous m’avez faite appeler ? demanda l’inconnue.

-          Oui, dit Dominik en tendant la main à la fille. Comment allez-vous ?

-          Bien merci, répondit la fille.

-          Comment allez-vous mademoiselle ? Reprit Joseph en tendant à son tour la main à l’inconnue. Moi c’est Joe.

-          Très bien, répondit la fille. Engel, c’est mon nom.

-          Et moi, Dominik, ou plus faire simple, Dok, conclut Dominik ok pour terminer la présentation.

-          Veuillez vous joindre à nous si cela ne vous dérange pas.

La fille hésita un instant, puis devant les regards insistant des deux messieurs, elle s’assit sur la chaise laissée vide à leur table.

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"La fille du Bar sans soucis'' - I

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"La porte du paradis" (suite)

Au bout d’un temps interminable, je perçus une lueur morne qui semblait venir de nulle part. Des goûtes d’eau tombèrent sur mon front. Je crus au début à de la sueur, mais, je me ravisai, les goûtes d’eau, plus épaisses que celles d’une pluie, me tombaient plutôt dessus ; à un rythme irrégulier, incertain et avec un peu d’hésitation. La fréquence se fit un peu plus régulière et persistance. « Il ne peut s’agir d’une pluie ». En tout cas cette eau, quelle que soit son origine, me fit assez de bien. Elle coula de mon front et obstrua mes yeux. D’un geste brusque, je levai la main droite pour me nettoyer la face…… C’est alors que j’entendis des paroles prononcées près de moi. D’abord incompréhensibles, puis plus nettement. Il y avait plus de voix de femmes que d’hommes. Celle que j’entendis plus clairement fut celle d’une femme :

-         Dieu merci ! il revient à lui. Avait dit la voix.

-         Amenez encore de l’eau ! Il n’y a personne dans la maison ? cria fortement quelqu’un.

J’ouvris enfin les yeux, ma vision fut d’abord floue et incertaine. Mais je pu voir la scène qui se déroulait devant moi. Une femme d’un certain âge amena de l’eau dans une calebasse. Son visage ne me dit rien. D’ailleurs, je ne reconnu personne parmi les gens qui m’entouraient. Ils pouvaient être cinq ou six. Une autre femme prit la calebasse d’eau, en puisa dans le creux de sa main, puis m’en aspergea. Elle reprit le manège une deuxième, puis une troisième fois. Tout autour, les voix s’étaient tues, personne ne parlait plus. Lorsque la dame puisa encore de l’eau de la calebasse pour m’en asperger une quatrième fois, j’arrêtai son geste, d’un signe de main :

-         Pour les hommes, trois fois c’est bon. Ou je me trompe ? demandai-je.

-         Tu as donc compté ? Je croyais qu’il t’en fallait une quatrième, reprit la femme qui m’aspergeait d’eau.

-         Je ne suis pas une femme. Non ? dis-je.

-         Il y a des « hommes-femmes », dit d’un ton plaisantin, quelqu’un du groupe.

-         Ah oui ! et vous me comptez parmi ceux-là ? demandai-je un peu plus éveillé.

La femme qui m’aspergeait d’eau remit la calebasse à celle qui la lui avait apportée qui s’en alla.

Moi, j’étais allongé sur un hamac sous le manguier, seul arbre fruitier qui ornait alors ma cour. En fait, pour moi, il en avait deux. En effet, lorsque, quelques ans au paravent j’avais entrepris d’acquérir le lopin de terre où j’ai bâti ma maison, il n’y avait que des arbres qui n’avaient d’importance que les avantages qu’ils procuraient à l’environnement. Des arbres fruitiers, il n’en aucun ou plutôt, de vieux troncs en décomposition avancée. L’on pouvait reconnaître des troncs de cocotiers, de palmiers et d’orangers dont l’état de décomposition prouvait qu’ils avaient été taillés depuis des années.

Le quartier était alors la banlieue la moins habitée de la capitale. Les Loméens avaient acquis et clôturé la plus part des parcelles terrestres mais tardaient à y construire. En effet, les services sociaux de base tels l’eau, l’électricité n’avaient pas encore atteint les rues intérieures. Néanmoins, la Nationale N°1 en était nantie et il fallait de gros moyens pour un particulier se faire des branchements d’eau et ou d’électricité de là jusqu’à sa propriété. Le commun des Togolais, bien qu’ayant acquis des lopins de terre dans le quartier d’Agoè, restaient encore dans le centre ville, préférant l’ambiance citadine. Le quartier était donc clairsemé, avec seulement quelques maisons qui poussaient avec une lenteur avérée. Pour moi, c’était l’endroit idéal pour travailler dans la quiétude totale. Ainsi, lorsque j’avais eu l’opportunité d’acheter cet espace, je n’avais pas hésité, convaincu que dans les cinq à dix ans qui suivront, je serais envahi par les habitations. Le vieux Robert DOGBEFOU qui m’avait cédé l’espace m’avait recommandé d’y planter un manguier. La discussion avait été assez brève, mais lourde de sens et d’émotion :

-         Tu sais garçon, ce lopin de terre m’a été légué par mon père, qui l’a lui-même hérité de son père. Ici se trouvaient plusieurs arbres fruitiers. Un verger en fait. Je veux bien te le léguer mais à deux conditions, avait déclaré le vieux Robert DOGBEFOU.

-         Dites toujours monsieur Robert, mais je ne vous promets rien, avais-je dit.

-         Ce n’est rien de compliqué. C’est juste que j’aurais aimé voir un manguier grandir ici. C’est le seul arbre fruitier que je n’ai pu faire grandir à cet endroit. Déclara le vieux.

-         Bien et la deuxième condition ? avais-je demandé.

-         Elle concerne ma dépouille quand je ne serai plus…. Commença –t- il

-         Ecoutez Monsieur Robert, vous avez encore du temps et je voudrais que vous mangiez des fruits du manguier que je compte planter ici, déclarai-je, l’interrompant.

-         Garçon, ne m’interromps pas. Je disais donc qu’il te faudra contacter cette adresse. Avait encore dit le vieux Robert en me tendant un bout de papier jauni par l’âge.

J’avais alors pris le papier de la main tremblante du vieux Robert. Sur le papier, il y était inscrit un graffiti ; le numéro de téléphone d’un certain Albert TOGBUI Kouma. L’écriture incertaine des chiffres du numéro témoignait de la difficulté qu’avait dû avoir celui qui l’avait porté là. J’avais conclu qu’il s’agissait du vieux Robert lui-même. Mais j’avais tenté de le convaincre qu’il n’était pas encore à la porte du paradis :

-         Ce ne sera pas la peine, vieux Robert. Tu devras manger des fruits de ton manguier avant cet événement, avais-je affirmé.  

-         N’en sois pas si sûr, jeune homme. Rappelle-toi de notre discussion d’aujourd’hui, avait ajouté monsieur Robert, catégorique.

Le lendemain matin, j’étais allé acheter un jeune manguier chez monsieur Belfleur, le seul jardiner du coin. Et ma surprise avait été si grande quand, après avoir fait mon choix, le vieux ait déclaré d’une voix monocorde et ronronnante : « Enfin, enfin, ce vieux de Robert a trouvé quelqu’un …. ». Mais, je n’y avais pas prêté attention sur les propos du vieux jardinier, convaincu qu’il s’agissait d’une hallucination de vieillesse. Mais, dès la tombée du soir, je m’étais rendu sur le site qui ne était pas encore mien et où je plantai le jeune manguier. Pour moi, il était devenu subitement important que ce vieux de Robert voie grandir l’arbre qu’il n’avait pu planter dans sa cour. Plusieurs semaines passèrent sans passées sans que mes occupations sans que je me rendre chez le vieux pour voir comment évoluait le manguier. Un matin de juillet, par une pluie battante, j’avais décidé d’aller chez Robert. En partant, l’idée me vint de prendre sur moi le bout de papier sur lequel il m’avait laissé auparavant une adresse. A mon arrivée, j’avais surpris aux côtés du manguier que j’avais planté, un second. Ce dernier avait aussi près du premier qu’en grandissant, les deux arbres devaient se confondre. Le temps de penser à quoi faire, mon attention fut portée sur les remues ménages qu’il y avait dans la case en terre où dormait le vieux. Robert avait rendu l’âme ….. sans malheureusement avoir goûté aux fruits de l’arbre qu’il semblait avoir tant souhaité.

Le silence qui s’était subitement refait depuis que je m’étais réveillé, commença à se meubler de voix. Des personnes parlèrent derrière moi, tenant des propos que j’eu du mal à déchiffrer. Néanmoins, une des voix me parue familière et je me retournai pour m’en assurer. La voix que j’avais crue reconnaître était bien une familière : celle de Ella DIMANA. Sa personne me retint un peu moins l’attention. Tout mon être fut porté sur les branchages qui se trouvaient à la limité près du hamac dans lequel je m’étais allongé un moment auparavant, pour bénéficier, comme à l’habitude, de l’ombre de mon manguier. Le deuxième tronc du manguier s’était détaché de l’arbre et s’était affaissé derrière moi. S’il avait dévié d’un iota, il m’aurait écrasé, littéralement. Un frisson électrisa tout mon corps ; des goutes de sueur perlèrent et coulèrent de mon front, et envahirent mon visage. Je fis un effort pour me lever, mais, je dû arrêter mon initiative, convaincu de ne pouvoir gouverné mon corps. Mes forces semblaient m’avoir quitté à jamais. « La vieillesse ? Non elle serait venue assez tôt ! » Pensai-je. Mais, me ravisant, je me dis qu’à 65 ans d’âge, il  fallait bien se faire à l’évidence et laisser l’orgueil aux jeunes : j’étais devenu vieux et mon corps commençait à me plier à sa volonté. Il avait droit….. Par contre, je ne pus comprendre comment j’avais pu avoir la vie sauve dans cette situation. Un miracle, me dis-je. Je me rendis enfin compte des raisons pour lesquelles le petit attroupement qui s’était fait autour de moi, avait un comportement incompréhensible. Autant sur leur visage que dans les propos qu’ils tenaient, il y avait une sorte d’hésitation adoubée de peur, de pitié et de compassion pour ma personne. A mon âge, les gens pouvaient bien avoir pitié de moi, mais que mon corps soit devenus aussi vieux que je ne sois pas en mesure de me lever, m’inquiéta vraiment. 

-       Aidez-moi, s’il vous plait ; dis-je après l’échec d’une ultime tentative de me lever.

-       Ne te déranges, Karmon, je suis là pour t’aider, déclara Ella qui s’était approché instantanément pour me soutenir.

-       Merci, Ella.

-       Tu n’as pas à me remercier, Karmon.

Ella me tint par la taille et m’aida à me lever puis, fis signe à l’un des deux hommes qui étaient présents qui s’exécuta. L’instant d’après, le jeune homme revint au volent d’une TOYOTA 404 tout neuve et se gara juste à notre limite. Ella m’aida à m’y installer à l’avant.

-       Darius, tu peux retourner à la maison. Je vais le conduire faire un tour en dehors de la ville, affirma-t-elle au jeune homme.

-       D’accord, maman. Répondit le jeune homme.

-       On se voit dans peu, reprit Ella.

Ella conduisit promptement et nous sortîmes de la ville, en direction du nord. Au bout d’un parcours de quinze kilomètres environ sur la Nationale N° 1, Ella vira à droite et nous amorçâmes une colline bordées de grands arbres. La rue était ombragée bordée d’une haie vive de tecks indiens. Pratiquement inhabités, les terrains surplombant la colline étaient parsemés de palmiers à huile et de cocotiers. Quelques palmerais et cocoteraies défilèrent sous nos yeux. Un peu au loin devant les quelques maisons que nous pouvions apercevoir, des femmes et des enfants s’activaient vacant à leurs activités domestiques.

Ce parcours ombragé, sous l’air pur et saint des champs me fit assez de bien et me remis de plomb. Cela faisait un bout de temps que je ne m’étais permis une sortie pareille. En effet, la dernière fois que j’en avais fait, c’était pour me soustraire un peu à la routine de la vie citadine et humer de l’air frais de campagne. En revenant de ce voyage que j’avais fait dans un village près d’Atakpamé, j’avais fait un accident dans lequel j’avais perdu ce qui restait de ma vieille Land Rover. J’en étais sorti sain et sauf, sauvé par la seule volonté divine. Je n’avais donc pu rien récupérer du véhicule. Ce qui m’obligea depuis lors à m’enfermer davantage dans mes recherches. Ne sortant donc plus seulement que pour participer à quelques rencontres sur les thèmes de mes recherches sur les changements climatiques. Durant les deux heures de parcours que nous fîmes, je ne cessai de me poser des questions par rapport à Ella. Où était-elle passée tout ce temps ? Depuis notre rupture de plus de quarante ans, je n’avais plus eu de ses nouvelles. J’avais seulement appris qu’elle était partie quelques mois plus tard en Europe pour y continuer ses études mais je ne sus jamais dans quel pays.

Sur la route de retour, alors qu’Elle était concentrée sur trafic devenu dense à ce moment final de la soirée, je décidai de rompre le silence :

-       Dis Ella, depuis quand es-tu au pays ?

-       Depuis toujours, Karmon, répondit-elle sans se détourner de la route.    

Le ton de sa voix était ferme mais sans teinte d’irritation. Je compris qu’elle ne voulait pas engagé de discussion tant qu’elle conduisait.

Quelques minutes plus tard, les lumières de la ville de Lomé apparurent, au loin, en contrebas, nous prouvant que nous étions déjà à l’entrée de la ville. Quelques tours de plus et nous rentrions dans la banlieue nord de Lomé. Ce fut pour moi l’occasion d’observer un peu la banlieue. Agoè avait changé. Les domaines autrefois seulement clôturés portaient des constructions d’une esthétique mirifique. Depuis ma dernière sortie qui  s’était soldée par un accident, je m’étais soustrait de la vie du quartier au point que j’ignorais les changements qui s’y étaient intervenus. Des maisons à deux niveaux et plus avaient été construites avec une architecture des plus améliorées, rendant du coup à la banlieue une allure bien meilleur que le centre ville où les toits en tôle des maisons à un seul niveau avaient jaunies depuis longtemps, témoignant de leur vieillesse. Agoè, avec ses rues bien définies et ses réserves administratives respectées deviendra dans moins de deux ans, une zone résidentielle. D’ailleurs, l’embouteillage en cette fin de journée témoignait de la concentration de la population de Lomé dans cette partie de la capitale. « Deux petites années et Agoè devient un centre résidentiel » pensai-je.

Pendant que je réfléchissais aux changements qui étaient intervenus dans le quartier, Ella fit quelques détours et nous nous retrouvâmes devant une maison de deux niveaux, construite sur un terrain de deux lots. Les portes de l’énorme garage s’ouvrir et laissa entrevoir le jeune qui, quelques heures auparavant avait approché la voiture d’Ella lorsqu’il avait fallu m’aider à y monter.

-       Bonne arrivée, m’man, balbutia le jeune homme visiblement content de nous revoir. Il ouvrit la portière du véhicule à sa mère, puis en me faisant un signe bienveillant.

-       Merci Darius, répondit Ella.

Une porte interne nous conduisit dans la cour de la maison.   Lire le premier extrait

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Extrait : La porte du paradis

Nous marchions en silence, le long d’une rue tapie de rocs et bordée d’arbustes qui semblaient peiner à grandir.

C’est vrai, nous étions dans une prairie.

Nous étions une foule immense, ahanant en file indienne, une colline un peu abrupte. Notre destination ? Une porte au loin, au bout de la rue. Elle était littéralement encastrée entre la limite de la colline abrupte et l’horizon naissant, aux contours encore incertains. La porte était dorée. On aurait dit qu’elle avait été taillée dans un immense plateau d’or suspendu au néant. La lumière qui émanait de la porte était si puissante et claire qu’elle semblait illuminer le monde entier.

Un tourbillon se leva, venant de l’Est et souleva un léger nuage de poussière. Juste après, un murmure lointain, à peine audible, vint rompre le silence infernal qui régnait en maître sur la foule :

-        Voilà, là-haut. C’est la porte du paradis. Déclara une voix tout près de moi.

-        Ah oui ! j’ignorais que c’est si proche. Reprit une autre.

-        Détrompe gars ! As-tu jamais été marié ? Relança la première voix.

-        Jamais ! Pourquoi ? Questionna l’interpelé.

-        Dans ce cas tu n’y arriveras guère. Moi, je l’ai été par deux fois. La première fois ça n’a pas marché et on a divorcé, sans problème. Je me suis remarié mais là, j’en ai été séparé il y a deux ans de cela. Par Dieu lui-même. Répondit encore la première.

-        Et depuis……s’enquit l’autre…

-        Depuis…., je ne me suis plus marié, j’ai attendu ce moment solennel : franchir la Porte. Reprit calmement la première voix.

Je me retournai, question de voir qui discouraient ainsi. Surprise. Je ne vis personne. En tout cas, pas derrière moi. Pourtant, je pus voir, une demi-douzaine de tourtereaux qui, avec une dextérité insouciante, picoraient des grains de sable sur le bord de la rue que nous longions. Un trio était un peu plus près de moi. Je conclu que ces trois oiseaux avaient dû acquérir le privilège sacré de parler, mais me ravisant de l’absurdité de ma réflexion, je me souris à moi-même. C’était simplement une aberration.

Devant moi et à quelques mettre seulement, je pouvais encore voir des individus qui s’avançaient vers la porte luisante, mystérieusement encastrée dans le rock. De ceux qui marchaient, il n y avait ni hommes, ni femmes ; ni Blancs, ni Noirs, ni Jaunes. C’était des Hommes. Rien que des Hommes. Ils étaient tous habillés d’un blouson blanc unique qui les couvraient jusqu’aux pieds. Leur tête était voilée. On aurait dit des moines exécutant quelque rituel pour se rapprocher davantage du Tout Puissant.

Pris de confusion, je me demandai où avaient bien pu passer les gens qui discutaient à l’instant, derrière moi. Un des trois oiseaux s’en alla rejoindre les autres, laissant, à quelques mètres de moi, un couple apparemment familier. J’eus l’idée de faire lever les deux tourtereaux qui étaient restés près de moi, mais me rappelant qu’il n’y avait justement plus personne qui pourrait leur faire du mal, je me retins, puis abandonnai l’idée. Ils ne couraient vraiment aucun danger, du moins pas dans l’immédiat. Néanmoins, je continuai de penser que si ces tourtereaux pouvaient m’entendre, je leur aurais interrogé s’ils avaient été mariés.

-        Nous le-sommes ! dit l’un des oiseaux qui sembla avoir lu dans ma pensée.

Deuxième surprise : ces animaux avaient dû lire dans mes pensées. Je n’en fis pas un drame, considérant qu’il pourrait s’agir encore d’une simple coïncidence. Je repris la marche, un peu plus rapidement, soucieux de réduire la distance qui commençait à se creuser entre la file des hommes qui s’avançaient et moi, depuis que j’avais porté mon attention sur les tourtereaux. « Il faut que je les rattrape, peut-être me diront-ils si ce parcours est réservé à une catégorie de personnes ».

-        Justement, pour ceux qui n’ont pas été mariés de leur vie, il n’y a pas d’issue possible, rétorqua d’une voix calme sereine l’un des tourtereaux qui étaient près de moi.

-        Dans ce cas, certains devraient rebrousser chemin, répliqua d’une voix fine qui trahit son genre ; ce devait être la femelle.

-        Bien sûr, ma chérie. Heureusement que pour nous ce ne sera pas le cas. Nous avons tenu à notre pari et cette porte la haut nous sera grandement ouverte à notre arrivée, reprit la voix masculine.

-        Oui, mais moi je me plains de ceux qui sont restés célibataires et à qui la porte ne s’ouvrira pas, déclara encore la voix féminine

Toute était dit. Il fallait donc avoir été marié pour accéder à la porte encastrée la haut entre l’horizon naissant et la cime de la colline, la porte du paradis. Pour moi qui n’avais jamais été marié, le choix était clair : rebrousser chemin. Pourquoi donc  aller jusqu’à destination et me faire refouler pour une raison que je connaissais déjà bien ? M’interrogeai-je.

Je m’arrêtai, me retournai pour reprendre mes pas. Retourné d’où je venais, convaincu que, quand une issue vous est interdite, il faut repartir d’où l’on vient. Peut-être, trouverais-je, chemin faisant, quelqu’un qui n’attend qu’à porter une alliance afin de pouvoir rentrer dans le lot des élus du paradis. Je fis un premier pas sans me retourner. En avançant le second, il me sembla que je le posais dans un vide béat. Le temps de me retenir, je chutais librement dans l’abîme du gouffre que je n’avais pu apprécier. Les ténèbres de ce gouffre contrastaient avec la lumière divine qui illuminait l’extérieur. J’émis des cris. Mais rien ne me revint. Même pas l’écho, cette voix factice qui ravive l’espoir des personnes en situation désespérée. La chute demeura longue, si longue que je perdis toute notion de temps et tout espoir de parvenir enfin au fond du gouffre.

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