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Un jour d’enfer. ...


J’étais conscient que la vie à Niamtougou, ne me serait pas des plus tendres. Elle ne l’est nulle part d’ailleurs. Mais, à vrai dire, pour Niamtougou, je ne m’attendais pas qu’elle se montre aussi hardie de si tôt. Hier, j’ose dire que j’ai passé, un bref instant au paradis, que dis-je ? dans l’enfer. Hum….. Alors que je ménageais le reste des sous (1 000 FCFA = 1,5 euros) que j’avais encore sur moi, j’ai été appelé par René, resté toujours à Lomé, pour faire un tour à AGAIB Kara question de voir….. Mais, il y tenait tellement que j’ai pensé qu’il devait détenir une information importante qu’il voulait que j’aille vérifier. Alors, comme ça, malgré ce soleil tapant vif de 14 heures, il faut que je prenne la route de Kara, rien que pour voir…. Il faut le dire ; le partenariat que nous entretenons avec cette structure régional de mise en œuvre des projets et programmes de la Banque Mondiale au Togo, est l’un de nos seuls espoirs. C’est vrai, nous attendons de voir ce que l’expérience du teuf, cette herbacée parente du fonio et qui se cultive de la même manière que lui va nous donner. Inch Allah, que Dieu fasse. Cheikh dit que s’il réussit dans les montagnes d’Anima où l’expérience est conduite actuellement, nous apporterons vraiment un plus à notre préfecture, avec les projets connexes que nous mettrons sur pieds. Passons, sinon on occulte mon histoire du petit tour au paradis, ouf, décidément je dois avoir quelque chose avec le paradis ! mais c’est d’enfer que je veux parler ! Donc, comme je disais, je prends la route de Kara. Le soleil tape Nikel. C’est bien son droit, il est environ quatorze heures. Rien à faire. C’était à moi de partir soit avant, soit après. Ou mieux, d’être informé du déplacement plus tôt. Avant de quitter, j’appelle Cheikh. « Oui, allo ? j’espère que tu n’es pas allé à la maison ! qu’il me dit ». Simple à comprendre, il n’est pas à la maison. Il aurait pu m’accompagner. Donc je prends la route, avec  pour toute mesure de sécurité, l’achat d’un litre et demi de carburant chez le voisin « Aladji ». Je prends donc la route, l’asphalte est là, noire, il suffit de courir là-dessus, à moto. Rien de compliquer ! je m’y mets, comme à l’accoutumé. Je fais les cinq premiers kilomètres. Ils sont de montés et de descentes aux pentes variables. Aucun problème.  J’éteins le moteur de ma moto, dans les descentes. Question d’économie de carburant. D’ordinaire, je mets trois litres avant de m’y rendre. Donc prudence ! A faible quantité de fuel, consommation modérée, réfléchie. Pour redémarrer, c’est bien à la fin de la descente, quand le moteur tend à s’arrêter, que je retourne à la vitesse cinq. Et ça reprend. Le moteur reprend son ronflement. Pour hier, il a souvent hésité avant de démarrer : faut dire que je le laissais trop ralentir. Six à sept minutes et je me retrouve à nouveau au bas d’une colline. Mais là, je me relance. 5 minutes, pour me retrouver sur la cime de la descente la plus abrupte juste avant le carrefour de Pya. Je coupe le moteur. Il faut profiter au maximum et le plus tôt est le mieux pour cette descente. Je m’y applique et je fonce, moteur mort. Parfois, ça roule plus vite. Ou simple impression ? En tout cas, il faut que j’aille voir si n’y a rien d’affiché et d’urgent à AGAIB Kara. Je suis donc sur la dernière descente, la plus abrupte avant le carrefour de Pya, moteur éteint. De là, Niamtougou est loin, Pya, où je connais personne, plus proche, sinon au bout de ma descente. Je roule donc, plus de dix à quinze minutes seraient  passées depuis que je roule, depuis que j’ai quitté Niamtougou. Normalement, c’est autant de kilomètres que j’ai dû parcourir. Donc, environ 15, sinon, plus. Car la route est dégagée. Seuls quelques gros porteurs passent, mais en sens inverse, donc, sans déranger. D’ailleurs à cet endroit accidenté de la route, ils rampent plutôt, ces gros porteurs. Il y a dix ou quinze secondes que je descends, à toute allure. Je maintiens l’attention concentrée sur la route. « Pas de divagation à cet endroit de la route, les accident ont la manie de ne pas prévenir » me dis-je en roulant. Pafffffffffff !!!!!!!!!!!! que j’entends, juste en terminant ma déflexion. « Pas de panique surtout, ta vitesse est forte pour chercher ce qui se passe ». Donc, je ne panique pas, je baisse, progressivement la vitesse que j’avais, en freinant. Mais, il me semble que ça coince ! C’est donc chez moi ! Ma roue arrière. Elle s’est éclatée, littéralement. Sinon pourquoi peine-t-elle du coup à rouler ? C’est donc grave. Gravissime même ! Je suis à plus de 10 kilomètres de chez moi. Que faire ? Dans ma poche, 150 de nos francs. « Un Togo et son demi », comme aime le dire plaisamment Raph ! Je m’arête enfin. Je bipe René. Il rappelle. Il a cette promptitude qui me plait chez lui, quand il s’agit de téléphoner. C’est parfois à croire qu’il est en rappel automatique. Peut-être bien.

-          Ma roue arrière vient de se crever. Appelle Fred et voit s’il pourrait vérifier ce que tu cherches à AGAIB Kara, que je lui dis,

-          O là là ! Tu es à quel niveau ? me demande René. J’ai appelé quelqu’un qui m’a dit de ne pas s’inquiéter pour AGAIB, donc ce n’est pas la peine d’y aller.

-          Vraiment ? Je suis à l’entrée de Pya, dernière descente avant, que je dis.

-          Va voir un mécano dans Pya.

Ouais, je veux bien. C’est d’ailleurs la normale. Quand on se sent mal il faut voir le docteur. Pareil, pour un problème roue affaissée, il faut bien voir le spécialiste en la matière. Le mécanicien. Ces techniciens, ils ne bossent pas pour les yeux à la con marron que j’ai ou de ceux qui les abordent ! Il faut pour leurs services, de l’argent. Rien à faire, les services, il faut les appointer. Moi, dans la poche arrière de mon jeans, il n’y a que 150 franc CFA, soit « un Togo et son demi » version Raph. Même si je vais à Pya, comment négocierais-je alors je ne comprends pas ce sacré kabyè. On se comprend bien en parlant le même dialecte. Déjà, dans mon Niamtougou, après un ‘’lébala ?’’ Et sa réponse ‘’lébawèlè’’ que mes frères échangent avec complaisance  avec René, ils m’adressent souvent un bonjour sans conviction. Et bien sûr cela m’ennuie. Ça met de la distance entre nous, se serait pire avec autrui. Pas la peine, pour Pya. Je me retourne, la descente que je venais d’amorcer avec volupté me regarde. En contrebas, Pya, enfin, les maisons de Pya. L’inconnu.

Dans pareille situation, toutes les réflexions sont permises. S’il s’agissait d’une panne sèche, il suffit d’appeler Noah, le photographe. D’ailleurs, il est allé à Siou, à 12 kilomètres plus à l’Est de Niamtougou, chez moi. En tout cas, dans mon cas, une solution unique reste, tracter ma moto. C’est trop simple, mais c’est l’exécution de cette facile tâche sur plus de 10 km qui est comme mer à boire. Surtout par le soleil qu’il fait et de surcroît sur de l’asphalte bouillante. J’exhale l’odeur réchauffée de cette colle que ne fond pour rien. Je me demande comment cela se passe avec le bitume. Pour le poser, il faut bien le chauffer, mais une fois posé, il me semble que rien ne l’atteint plus. Ni les gros chargeurs, ni ce soleil qui me transperce la peau malgré ma combinaison.

He ! Pas d’escapade ! Il faut que je rentre à plus de 10 km. Je me demande pourquoi personne n’a pensé à fabriquer un support qu’on pourrait utiliser pour tracter les motos ! Ça pourrait être fait avec deux barres de fer avec des sortes de roulettes que l’on pourrait monter sur les supports métalliques de la selle postérieur d’une moto, et la tracter. Une sorte de remplacement provisoire de la roue, sans toutefois l’avoir enlever de la moto.

Je prends la route en tractant ma moto. C’est simple, lorsqu’un individu se met de biais, tient le guidon de sa moto, concentre ses forces et pousse, il est en train de la tracter. C’est ce qu’il me fallait faire, sur plus de 10 km, par une route escarpée. J’ai poussé, poussé comme jamais au paravent. De la sueur, il en a coulé de mon corps. Je crois qu’après cet exercice, il me faudra me réhydrater. Enfin, on verra si le corps lui-même ne mettra pas un mécanisme pour se réapprovisionner en la matière. Je pousse, je pousse gravissant péniblement le flanc de la colline sur le goudron réchauffé. D’où venez-vous, vous aussi moucherons ? Cet insecte de la famille de la mouche importune, vraiment. Je le connais pour avoir fait, comme tout bon petit villageois, les champs soit pour labourer, biner ou sarcler. C’est pendant que vous suez le plus (donc en pleine ferveur de votre besogne) qu’elle apparaît, cette bestiole. Et se colle à vous. Même, sur le cuir chevelu, cette bestiole de taille inférieure à la mouche pèse comme une tonne. Plus encore, son tourbillonnement seul désarçonne, déconcerte, vous mettant dans une situation intenable. Pourquoi Dieu as-tu créé ça là aussi ? En tout, pour ma part, il a fallu que de temps en temps, je m’arrête, rien que pour traquer ces insectes. Impossible de les ignorer ! Deux, trois heures sont passées, m’approchant progressivement d’une température naturelle peu hostile. Mon seul salut. L’antichambre, la sortie, c’est je verrai la première maison bâtie dans une architecture esthétique à l’entrée de Niamtougou. Sinon, pour le moment, c’est la température qui baisse. Un poids de moins.  Devant une voiture garée, visiblement en panne que je passe, quelqu’un me dit « courage ! », l’autre aussi. Il y avait deux gars. Mais que veulent-ils que j’en fasse ? Ai-je autre solution que d’en avoir ? En tout cas, « merci » que je leur dis. Enfin, 17H43’ la jolie maison apparaît. En réalité, j’y suis. Je ne l’ai même pas observée de loin. Tant mieux. C’est 18heures, je passe à gauche en direction de ma  maison. Six ou sept minutes encore de corvée. Je suis chez-moi. Je gare. Je m’allonge, juste pour me reposer. Après on verra. C’est vrai qu’il déjà nuit. Je verrai avec mon ‘’un togo et demi’’ je pourrai trouver de quoi me mettre sous la dent. Demain, ce sera un autre jour. On verra. Pour la moto, c’est foutu, d’ailleurs. Je crois qu’il faudra remplacer la roue et la chambre à air. Un mécano me l’avait dit déjà. « Aller ! faisons un somme. Parfois, il répare », me dis-je en me détendant davantage. Voilà, comme ça.

Je me suis réveillé ce matin, le ventre contracté. Il était 6H45’. La voisine balayait. C’est elle qui a dû me réveiller, par les coups de balai qu’elle donnait. Ouf ! il fait jour. Depuis hier que je me suis coucher pour pensais-je me détendre, je viens de me réveiller. Dans un autre jour ! Que ça court, le temps ! j’ai dans ma poche arrière mon ‘’un togo et son demi’’. Il faut je trouve à manger. J’ai un peu de force malgré que je sente un léger vertige. Je tiens encore, il suffit de mettre quelque chose sous la dent. Et le cirque va reprendre.

Hier mercredi 12 mai a été mon jour d’enfer. Le premier à Niamtougou. J’estime qu’il est venu tôt. Augure-t-il de prochains meilleurs ou pires ? L’avenir nous dira.

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Gabriel SOKLOU 23/05/2010 18:37


Merci c'est aussi du génie surtout; pdt la galère on se détent et les réflexion sur son existence arrivent aussi aisément....!